Samedi 17 janvier 2009
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Je vais vous avouer une chose, je suis un rêveur.
J’aime les moments solitaires où je m’immerge à l’intérieur de moi pour aller caresser de secrètes rêveries.
Nager en pleine mer à 200 ou 300 mètres du bord est un moment qui se prête merveilleusement à la richesse de ces instants solitaires.
Cet infini plaisir devient hebdomadaire quand l'été pointe et que je passe mes week-ends en bord de mer.
Je me lève, je déjeune, en regardant amoureusement le calme d’une mer qui s’éveille et de ses bateaux qui partent vers les promesses d’une journée ensoleillée.
J’aime le son de la mer au matin, quand le vent est absent, que les plages sont encore vides et que seul résonne le bourdonnement lointain de quelques moteurs marins matinaux.
Vient alors le moment d’aller s’immerger dans cette eau originelle, ce sérum de vérité...
Je ne prends qu’un masque, rien de plus ! Ah si, un maillot ! je m’en voudrais que ma queue de loup complexe jusqu’à l’impuissance les mâles en chasse sur le sable des plages varoises… (Je suis
vantard et excessif, vous l’ai-je dit ?).
Donc un maillot et un masque, que je tiens d’une main quand je m’enfonce dans l’eau jusqu’à la taille. Cracher dans un masque n’est pas très esthétique mais c'est incontournable si l’on veut éviter
les frustrations d’une buée aveuglante.
Alors je me plie à ce cérémonial et j’étale un filet de salive sur la vitre du masque avant de le positionner délicatement sur mon visage.
Enfin, je m’immerge… J’aime la première apnée, celle où l’eau inonde mes oreilles, m’aspire dans son silence, celle où mes yeux se fixent sur les fonds comme sur des rails, pendant que mon esprit
vagabonde, celle où le grain de ma peau change doucement en réponse à la fraîcheur du liquide qui s’écoule à son contact.
J’aime prolonger cette première apnée, à la limite de ma résistance, m’enivrer de ce moment solitaire, tenter de lui donner des allures d’éternité.
Puis, je réapparais à la surface, les poumons avides du gaz terrestre.
Je pars alors au large, ma seule limite est d’en apercevoir le fond afin de pouvoir observer ses reliefs, ses failles, ses rochers et ses habitants.
J'ajuste ma vitesse et ma respiration m’affranchissant de tout ce qui pourrait nuire à ma "méditation" pendant ce moment où je libère mon esprit.
Et je nage 1 km, parfois plus.
Ce pur instant est indéfinissable tant l’acuité avec laquelle les choses m'apparaissent est précise.
J’abandonne mon corps et ses bras qui s’enroulent et se déplient avec la cadence précise d'une mécanique d’horlogerie et je pars en voyage au fin fond de moi allant gratter les secrets de
l'inconscience, ce millefeuille que je convoite avec gourmandise.
J’y vois des choses simples, tellement évidentes quand on prend le temps de regarder.
Et la perversité dans tout ça, me direz-vous ?
Je pourrais vous dire que s’immerger dans la transgression d’un interdit, en compagnie de celle qui vous inspire est tout aussi enivrant que plonger dans cette mer
originelle.
Je préfère un aveu.
Au cours de ces instants d’éternité où mon esprit s’échappe, bercé par l’apaisement des flots, il lui arrive assez fréquemment d’aller s’ancrer irréversiblement sur l’image d’un fessier, d’une
cambrure ou d’une croupe délicieuse.
Je nage alors avec une idée fixe et les poissons s’émerveillent de mes yeux hallucinés par l’image mentale de « cette terre promise ».
Et je joins l’utile à l’agréable car…
.... quand mon esprit s’échoue sur la possibilité d'une île enchanteresse capable de déboussoler bien des navires et de jeter à l’eau les marins les plus aguerris, je sens pointer entre mes
cuisses, une dérive (j’ai évité de dire « quille », restons modeste !) qui me permet tel un safran magnifique de contrôler avec précision ma trajectoire.
Vous me trouvez excessif ?
J-23
Par Animal en Quarantaine
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Cris et Chuchotements